10 de August de 2020

Le féminin unheimlich, Dire l’indicible – Marcela Antelo et Iordan Gurgel (EBP)

Traduction : Nicholas Csergo Révision : Pierre Louis Brisset Présentation de la XXIII Rencontre Brésilienne du Champ Freudien Le féminin est…


Traduction : Nicholas Csergo

Révision : Pierre Louis Brisset

Présentation de la XXIII Rencontre Brésilienne du Champ Freudien

Le féminin est un des noms du malaise contemporain. Ce n’est pas la première fois qu’il nous convoque. Nous pouvons affirmer que ça ne sera pas la dernière. Une rencontre de l’étoffe des nôtres s’inspire d’un programme de recherche qui agite et met en mouvement notre communauté et ses multiples littoraux. Nous partons toujours d’un insu et, à cette occasion, nous devrons aussi compter avec un inconnaissable. Ce qui nous intéresse cette fois, c’est d’étendre la limite du dicible sur le féminin au-delà de notre quotidienne ‘disance’.

Animés par ce désir, nous avons voulu croiser le féminin avec cette qualité de la sensibilité qui démontre ce que Freud a appelé Das Unheimliche, une expérience qui compte cent ans d’élucidation. Ce croisement a déjà été réalisé par divers auteurs dans les littoraux de notre domaine. Le désir nous anime de le dire d’une Autre façon, d’arriver à cette affaire par un Witz de James Joyce : « Où la main de l’homme n’a jamais mis le pied »[1].

Le phénomène de l’inquiétante étrangeté semble exister chez Freud depuis l’abordage de ses hystériques et de leurs symptômes, qui montraient des corps fantaisistes notables pour les étranges effets qu’ils présentaient sur la subjectivité. Le féminin serait lié à l’impossible représentation symbolique de l’expérience du sujet avec son corps – qui, étant le plus intime et étrange, ne peut être partagé.

Plus précisément, les femmes apparaissent dans L’inquiétante étrangeté de Freud, de 1919, quand il argumente sur le facteur de la répétition comme source du « sentiment de l’inquiétante étrangeté » [2], qu’il suppose « ne sera peut-être pas admis par tout le monde ».

Il s’agit d’une promenade « au hasard » de Freud, « par un brûlant après-midi d’été, (je parcourais) par les rues inconnues et vides d’une petite ville italienne ». Il tombe sur un quartier « sur le caractère duquel je ne pus pas rester longtemps en doute ».  Impossible de ne pas le citer pour faire affleurer le sel de notre investigation. « Aux fenêtres des petites maisons on ne voyait que des femmes fardées et je m’empressai de quitter l’étroite rue au plus proche tournant. »  Freud échoue, ne parvient pas à fuir, tourne plusieurs fois en rond pour en finir condamné à ce qu’il appelle un retour involontaire au même endroit, auxfenêtres féminines bariolées. Détresse et inquiétante étrangeté, sentiments du norme/mâle. Il cherche l’interrupteur de la lumière dans la chambre obscure, et comme la pierre à mi-chemin avec lequel le Campo Freudiano au Brésil intime, trébuche contre un meuble.

Que fuit Freud ? Une profondeur de gorge, une Méduse, une mante religieuse femme dévoratrice? La voie facile est d’en faire une lecture oedipienne, phallique, invoquant la seconde condition et la secrètement familière proximité Dirne-Mère, la Dirnenhaftbarkeit, la « condition de putain » et étayer le rejet de la féminité ; un Freud qui n’hésite pas à partir. Nous connaissons déjà le Syndrome du Trem das onze[3].

De quel feu font signe ces fenêtres ouvertes et ces Boquitas Pintadas[4], ce quartier exhibitionniste[5] qui provoque ? Suffit-il de signaler le nœud du désir et de la défense dans l’Autre scène ? Ou il y aurait-il quelque chose du non-soumis à la castration chez les femmes ?[6] Quelle obscurité attire ses pas de retour ? Pourquoi revient-il encore et encore et transforme-t-il ce retour en exemple de l’expérience unheimlich ?

La promenade dans « l’espace entre deux mondes […] indique le passage qui va du monde fermé à l’univers infini » [7]. Dans cette promenade, Freud fait la lumière sur l’expérience de ce qui n’existe pas, ce qui ek-siste. La jouissance féminine et l’expérience unheimlich arrivent au corps et « c’est difficile de faire avec le corps féminin pour les êtres parlants en général. »[8]En général, quelle que soit la porte de la ségrégation urinaire que l’on choisisse, la jouissance comme telle, théorisée à partir de la jouissance féminine, « est neutre », dit récemment sous forme de Witz Miquel Bassols.

Dans ce parcours, nous allons vérifier si le féminin unheimlich fonctionne comme une voie d’accès à tout un champ que la psychanalyse aborde – dans la clinique, l’épistème et dans la relation avec les autres savoirs.

Préparons les lanternes, bougies et, pourquoi pas, nos portables, pour pénétrer, pas tout à fait au hasard, munis de cartes, miettes de pain, graffitis urbains, dans le trop-proche étrange féminin, méconnu. Le défi est de dire ce qu’on y trouvera.

 

 

[1] Joyce, James. Contraduction de Finnegans Wake. (Trad. Hervé Michel) Veillée Pinouilles. Cap. 8. Accès décembre 4, 2019. https://sites.google.com/site/finicoincequoique/texte/chapitre-8/8203

[2] Freud, Sigmund. O infamiliar. [Das Unheimliche] Trad. Ernani Chaves, Pedro Heliodoro Tavares [O Homem da Areia; tradução Romero Freitas]. (Obras Incompletas de Sigmund Freud, 8) 1. ed. Belo Horizonte: Autêntica Editora, 2019. p. 75.

[3] Le train de onze heures est une samba, chanson de Adoniran Barbosa de 1964. C’est la lamentation d’un homme qui ne peut pas rester une minute avec la femme, rater le train, parce que fils unique, sa mère ne dort pas tant qu’il ne rentre chez soi.

[4] Bouches fardées. Lèvres paintes. Boquitas pintadas c’est le titre original du roman de Manuel Puig de 1969 dont le titre français est Le Plus Beau Tango du monde.

[5] Lacan, Jacques. [1964] Le séminaire, livre 11, Les quatre concepts fundamentaux de la psychanalyse. Paris : Seuil, 1973. pp. 71-72. « Le monde est omnivoyeur, mais il n’est pas exhibitionniste – il ne provoque pas notre regard. Quand il commence à le provoquer, alors commence aussi le sentiment d’étrangeté ».

[6] Miller, Jacques-Alain. « L’être et l’Un ». Orientation lacanienne III, 13, Cours n. 5. Leçon 2/3/2011. « […] ça dit qu’il y a quelque chose chez les femmes qui n’est pas pris dans la castration. Et c’est pourquoi Lacan pouvait dire, écrire, d’une façon qui a pu surprendre, que c’est de ce côté -là que gît le mystère, ce qui fait mystère de la jouissance féminine ». p. 10

[7] Vieira, Marcus André.  « A inquietante estranheza do fenômeno à estrutura » .  Publicado em Latusa, n. 4, Rio de Janeiro, EBP-Rio e Contra Capa, 1999.

[8] Brousse, Marie-Hélène. “L’objet caché des femmes” La cause du désir, n. 94. Paris : L’École de la Cause freudienne, 2016. p. 53.

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