28 de March de 2020

Quand le jour s’est transformé en nuit dans la plus grande ville du Brésil – Marcia Stival Onyszkiewicz (EBP)

Quand le jour s’est transformé en nuit dans la plus grande ville du Brésil[i]   Parmi les changements de plus…


Quand le jour s’est transformé en nuit dans la plus grande ville du Brésil[i]

 

Parmi les changements de plus en plus fréquents dans le paysage urbain, le changement climatique est un élément marquant. Les effets des progrès technologiques rapides, associés à un processus irrationnel qui vise l’accumulation de capital sans fin, contribuent à l’évolution d’un scénario chaotique. C’est une version contemporaine des conséquences de « La machine du monde », si bien décrite par Carlos Drummond de Andrade, dans les années 50.

« … les ressources de la terre, maîtrisées,

et les passions et les impulsions et les tourments

et tout ce qui définit l’être terrestre

ou s’étend jusqu’aux animaux

et arrive aux plantes pour plonger

dans le sommeil rancunier des minerais,

il fait le tour du monde et s’engouffre à nouveau

dans l’étrange ordre géométrique de tout, … »

Parmi les nombreux événements suscitant une réflexion poétique, citons les vagues de feu, l’exploitation de l’agriculture, de l’élevage et minière, qui provoquent des taux effrayants de déforestation de la forêt amazonienne à une vitesse sans précédent. Un fait qui a des répercussions dans le monde entier, quand on tient compte du fait que l’Amazonie est pratiquement responsable « d’un quart de tout ce que les forêts absorbent de carbone chaque année »[ii] et qu’aujourd’hui elle donne des signes d’un taux élevé d’émission de CO2 dû aux incendies.

Pour rendre les choses encore plus préoccupantes, « les modèles climatiques actuels suggèrent que les arbres ont la capacité d’éliminer une grande partie des émissions de gaz à effet de serre provoquées par l’homme dans l’atmosphère. Cependant, une nouvelle recherche signale que la capacité d’absorption des forêts est limitée par la teneur en phosphore dans le sol ».[iii]

Et les analystes, que peuvent-ils faire? Se servir de la parole, cet outil de plus en plus utilisé pour exprimer les actions démesurées de l’autoritarisme et de la lutte pour le pouvoir.

Donc, si la poésie de Drummond fait référence à un mouvement d’exploitation, de soumission et de répétition, il n’est pas possible de négliger l’hypothèse selon laquelle aujourd’hui « La machine du monde » est régie par une urgence qui augmente l’expression de la révolte, rendant son fonctionnement encore plus nuisible.

Mais par quelle voie peut-on considérer l’urgence? Et par quel biais peut-elle s’articuler avec la révolte?

Pour aborder un premier aspect, il est pertinent de remonter au moment où la civilisation de l’agriculture, qui se guidait par les saisons et les cieux, a cédé la place à la civilisation de l’industrie[iv]. Voilà la montée des gadgets, considérés comme des boussoles productrices de satisfaction, commandant le discours de la civilisation. Dans cette logique, « le sujet travaille, les identifications tombent, remplacées par une évaluation homogène des capacités, alors que le savoir s’active tant dans le mensonge que dans le progrès. sans aucun doute. »[v] De tels éléments conduisent à une autre hypothèse: le mouvement est dans l’acquisition d’objets de la culture producteurs de satisfaction. Ainsi, l’urgence d’obtenir le capital et le pouvoir à n’importe quel prix vient comme une promesse pour combler la faille, qui n’est plus refoulée par les signifiants maîtres. Ce qui est en jeu, c’est la prédominance d’un impératif de jouissance, conduit par le maître moderne.

Mais ce positionnement qui présuppose atteindre le bonheur vient accompagné de sacrifice. Et c’est là qu’il est possible de penser l’articulation avec la révolte. « Si la révolte vise l’Autre, le privateur, la trajectoire de sa flèche atteint et perce le sujet lui-même, puisqu’il s’agit de sa vie, qui en fait un enjeu, qu’il se sacrifie et qui s’arrache de ce qui constitue la racine de l’existence. En cela, la révolte est une structure en miroir: je n’atteins l’autre qu’en me sacrifiant moi-même. »[vi] Ainsi, dans cette entreprise qui se fonde sur le sacrifice, on ne trouve pas le retour prévu. Le bonheur n’arrive pas comme prévu et la révolte peut être inévitable. Mais elle retombe sur le sujet, parce que quelque chose de sa subjectivité est touchée, même si elle n’est pas toujours entendue.

Ce mouvement gouverné par le capitalisme, il a été possible de repérer le titre d’une exposition de l’artiste Juliana Stein:[vii] «Ce n’est pas clair avant qu’il ne fasse nuit». Serait-ce la voie pour qu’une autre urgence s’y inscrive? Et jusqu’où doivent aller les effets de la “nuit” pour que l’urgence subjective permette le cheminement vers une analyse?

Lacan, en 1966, soulignait que tant qu’il reste une trace de ce qui a été établi par la psychanalyse, «tant qu’une trace durera de ce que nous avons instauré, il y aura un psychanalyste pour répondre à certaines urgences subjectives, si les qualifier de l’article défini était trop dire, ou bien encore trop désirer.»[viii]

Sous cette optique, qui implique l’urgence subjective et la présence d’un analyste, on peut évoquer une autre possibilité de concevoir la révolte. Un aspect qui nécessite un parcours et présuppose avoir « isolé son impossible à supporter en tant que sujet et pris quelque distance de cet intolérable. Afin de se révolter dans le bon sens, il convient d’être averti du renversement de la révolte et de sa relativité.»[ix]

Le début du parcours dépend de chacun et son soutien aussi.

Oeuvre de Juliana Stein, de l’exposition «Ce n’est pas clair avant qu’il ne fasse nuit» (“Não está claro até que a noite caia”).

 

Traduit du portugais par: Antonia Claudete Amaral Livramento Prado.

[i] Référence au 19 août lorsque, dans la ville de São Paulo, le jour s’est transformé en nuit en raison de la fumée dû aux incendies de la région amazonienne.

[ii] INPE. In: http://www.inpe.br/noticias/noticia.php?Cod_Noticia=5186

[iii] INPE. In: http://www.inpe.br/noticias/noticia.php?Cod_Noticia=5186 São Paulo, 07/08/19.

[iv] MILLER, J.-A. Una fantasía: http://2012.congresoamp.com/es/template.php?file=Textos/Conferencia-de-Jacques-Alain-Miller-en-Comandatuba.html.

[v] MILLER, J.-A. Ibid.

[vi] MILLER, J.-A. Comment se révolter ? In: Le numéro 75 de la revue la Cause freudienne: La psychanalyse en forme.

[vii] Juliana Stein, Artiste plasticien brésilien, a apporté ce titre à l’exposition qu’il a réalisée au Museu Oscar Niemeyer, en 2018.

[viii] LACAN, J. DU SUJET ENFIN EN QUESTION. In: Écrits, Paris, Éditions du Seuil, 1966, p.236.

[ix] MILLER, J.-A. Comment se révolter ? In: Le numéro 75 de la revue la Cause freudienne: La psychanalyse en forme.

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