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Dans ce cours, datant de 1986-1987, J.-A. Miller affirme qu’il s’agit « de tirer du S1un certain nombre d’effets non répertoriés »[1], ou dit autrement de « saisir l’identification là où elle n’est pas une représentation, là où le sujet se prend pour l’Un-tout-seul »[2]. Il y pose à plusieurs reprises la question du statut du Un lacanien dans la psychanalyse. À partir du terme de « constellations des insignes »[3], qu’il prélève chez Lacan, J.-A. Miller insiste sur la distinction entre la constellation signifiante et la chaîne signifiante, définissant ainsi deux statuts du signifiant. Je le cite : « [Le signifiant de l’insigne] c’est un signifiant dépareillé. C’est un signifiant paradoxal parce qu’il n’a pas de paire. Comme tel, il n’est pas à proprement parler articulé à une chaîne (…) La question de l’insigne devient alors celle du signifiant Un qui contredit la définition du signifiant. C’est un signifiant qui n’est pas comme les autres (…) puisqu’il exige qu’on le saisisse comme Un-tout-seul. Il dément donc la formule qui voudrait qu’il représente le sujet pour un autre signifiant »[4]. Deux S1se distinguent donc : un S1 tout seul, hors chaîne, hors système, et un autre S1, articulé à un S2, représentant le sujet et ramassant la structure signifiante, du grand Autre et de ses effets de sens. Ce signifiant Un, tout seul, c’est-à-dire sans S2, et donc sans effets de sens, a ses affinités avec l’objet a, avec ce reste de jouissance lui aussi hors sens. Cet arrachement du S1à l’articulation S1-S2fait entrevoir les effets de jouissance du signifiant (S1-a), et que son usage premier est à des fins de jouissance et non de communication. En deçà de la structure langagière et de la représentation du sujet, et préalables à celles-ci, il y a une jouissance du signifiant Un, de la parole disjointe de l’Autre, que Lacan nommelalangue. Cette nouvelle perspective, J.-A. Miller la transpose au niveau de la théorie du symptôme. En effet, au-delà des effets de vérité, la répétition du symptôme fait entrevoir qu’il est avant tout un mode de jouissance du S1. Le Un ne se situant que du côté de l’identité à soi-même et non comme le signifiant articulé du côté de la différence, le symptôme en devient l’identification fondamentale, soit ce qui fait insigne. La nouvelle perspective du dernier enseignement de Lacan, dit J.-A. Miller, c’est que « le symbolique est disjoint de l’Autre et il est référé à lalangue. C’est là la valeur de cette citation de Lacan, à savoir que « lalangue supporte le symbolique ». Ca veut dire qu’il s’agit de penser le symbolique à partir de l’Un et non plus à partir de l’Autre »[5]. Le passage chez Lacan, de la problématique de l’Autre à la problématique de l’Un, il le situe au niveau du Séminaire Encore[6]. L’axiome Y’a d’ l’Unqui s’en dégage, a comme conséquences : que le grand Autre n’est plus considéré comme préalable, une mise à mal de la structure du langage, et que la jouissance et lalangue sont des positions d’existences en deçà de l’Autre[7].
Plotin est né à Lycopolis, en Égypte, en 205 après J.-C. Entre 232 et 243, il se forme à Alexandrie à la pensée de Platon et de Pythagore. En 246, il se rend à Rome pour fonder sa propre école, c’est-à-dire qu’au sein d’une maison d’une riche protectrice, un groupe de disciples se réunissaient autour de lui et l’écoutaient commenter les textes fondateurs. Dans cet enseignement oral, Plotin proposait une interprétation nouvelle du platonisme, bien que « lui-même estim[ait] ne faire que ramener à sa pureté première la pensée de Platon, dévoyée par la postérité, mais, en réalité, il inaugur[ait] une façon théologique de lire son œuvre qui caractérise ce que nous appelons le néoplatonisme »[21]. Plotin, et les autres néoplatoniciens, ont fait du Parménidede Platon le maître ouvrage de la philosophie platonicienne, alors qu’auparavant il était entendu comme un exercice de logique ne recelant aucun enseignement doctrinal particulier[22]. Sa relecture de l’œuvre de Platon, et sa doctrine de l’Un qui s’en est dégagée, ne faisaient pas l’unanimité au sein des platoniciens de l’époque mais provoquait au contraire de vives oppositions. L’ensemble de son enseignement oral a été transcrit par l’un de ses plus fidèles disciples, Porphyre de Tyr (234-310 après J-C), qui fut aussi son biographe, et qui a rassemblé et organisé l’ensemble de son œuvre, soit cinquante-quatre traités, en six Ennéades.